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LES AÎNÉS DE l'UCPA

 
 
17 rue Rémy Dumoncel 75014 Paris - lesiteaines@orange.fr

Une phrase envoyée par Denise Martin, pour ouvrir cette rubrique

Si  tous  nos  souvenirs  ne  sont  pas  heureux ,
 qu'au  moins  ils  soient  riches  en  aventures .

 
 
Raymond Malesset

Souvenirs de Claude et Dédée Massot

L'ouverture du centre de Saint Sorlin en 1946 avec Jean Couray et Marcel Jaubert.

La maison est du style "cage à lapins". Les toilettes sont à l'extérieur avec atterissage dans un gros bidon d'huile qu'il faut vider ... a la louche !

Antoinette, dite Dédée, employée au ministère des finances à Lyon, devient aide-cuisinière (alors qu'elle est nulle en cuisine dit-elle) pour pouvoir rester près de Claude. Au menu : soupe midi et soir, trop de conserves, lentilles et haricots blancs qui sont des nids à souris..

Après la saison d'été Claude voulait rentrer à Monaco comme mécanicien, mais Marcel Jaubert à qui il manque un moniteur lui demande de rester. Et pour que Dédée puisse rester aussi  "on n'a qu'a se marier".

Après Saint Sorlin ils feront trois saisons à Villeneuve, puis 10 ans à Samoens avec Angelo Marchési (Pirate) comme directeur, René Lambert en cuisine,  Pierrot Bernard, Bertrand Malignasse, Totor, René Raffard comme moniteurs.. et bien d'autres.

SAINT SORLIN D' ARVES

Mariage de Pirate et Helene

Marcel JAUBERT

 
L’histoire d’un des secours en montagne qui a marqué son époque :
Le sauvetage du pavé :  3824 mètres  -  18 au 22 Octobre 1948.
 

Je suis Moniteur, Aspirant guide à Moulin-Baron.
Notre moniteur Chef est Edmond EYMARD et le directeur du centre (on disait Chef de Centre à l’époque) est Georges Lambert.    Nous entretenons avec lui, ainsi qu’avec son épouse « Doudou » , des relations amicales.    Yvonne et moi avons depuis quelques mois un fils, et Doudou vient souvent dans la pièce ou nous logeons.
La saison d’été est finie. Nos revenus sont insuffisants pour partir en vacances, aussi avons-nous décidé d’employer notre temps de liberté à travailler pour des particuliers.
Le jeudi 14 Octobre, Georges Lambert et Mickey Piegay (alors Gérant à Pont de l’ Alpe) projettent de faire la face sud du Pavé.    De gros nuages roulent dans le ciel, poussés par un fort vent d’ouest.    Prémices d’un mauvais temps qui se prépare.

Ils partent à moto le vendredi 15 Octobre et doivent rentrer le dimanche pour diner.

Ce dimanche 17 Octobre 1948 nous sommes invités à manger chez les Lambert.
Nous attendons le retour de Georges et Mickey  avec impatience. Midi, 1 heure, 2 heures… Notre inquiétude grandit, et, à 15 heures, en accord avec Doudou, je donne l’alerte.
Je préviens le Secours en Montagne de Briançon. Rendez-vous est donné le lendemain matin au Lautaret.
Dans la petite salle du bistrot, nous retrouvons un petit groupe, dont deux gendarmes de la brigade de la Grave.   Nous évoquons les possibilités..    Un gendarme étend une carte sur la table, et sort un pendule. Il se prétend radiesthésiste.    Le résultat de ses investigations lui fait dire que l’un des alpinistes est mort. Quand à l’autre, il est encore vivant et se dirige vers la direction de la Meige Orientale ….
Compte tenu de ses dires, la majorité décide de rejoindre le refuge de l’ Aigle pour entreprendre les recherches.   Eymard, Massot et moi faisons remarquer qu’il faudrait aller à la base de la paroi car, s’il y a eu chute, c’est là que nous pourrions les retrouver.

LUNDI 18 Octobre 1948
Brève discussion et accord. Nous partons tous trois par le « sentier des crevasses ». Le temps est mauvais et froid.
Refuge d el’ Alpe, Val Fourche et le sentier qui mène soit au glacier des Cavales, soit vers le Pavé. Il neige, la nuit tombe. Nous arrivons au gros bloc qui termine le sentier. Nous appelons. Léger casse-croute, et à nouveau appels de nous trois .   Un sifflement se fait entendre. Pensant qu’ils sont là, nous nous précipitons vers la moraine qui nous domine à notre droite.  Là, nous voyons un gros chamois qui grimpe à toute allure. Cela nous incite à poursuivre en direction du Pavé.
Nous ne voyons qu’une faible partie de la Face, balayée par la neige poussée par les rafales de vent.   Encore un appel.   Nous percevons une réponse affaiblie par la distance et la tempête. En détachant bien nos syllabes, nous cirions « nous allons chercher du secours ».

Nous redescendons. Il fait presque nuit. Nous arrivons au Lautaret, donnons l’alerte, téléphonons à Doudou, et descendons la rejoindre. Mon épouse est là. Claude s’est arrêté chez lui.   Inutile de décrire l’état d’esprit. Chacun de nous s’équipe. Pour complément de matériel, Doudou me prête un « pied d’éléphant » en duvet.
Le lendemain nous nous retrouvons à la nuit avec un petit groupe emmené par Pierre Paquet (Pierre à la Vierge). Un peu de neige poudreuse au sol. Il fait froid. Au gué du Val Fourche les pierres sont couvertes de glace. Je glisse et trempe un pied dans l’eau. J’aurai un début de gelure.   La montée, et nous arrivons à ce qui a été appelé par la suite « le Bivouac » à 3 300 mètres.

La partie visible de la Face est couverte de neige et de verglas. Nous lançons des appels, nos amis nous répondent. Rien ne peut être tenté. La journée s’écoule, Et tout le monde prend le sentier de la descente. Avec Claude Massot, nous décidons qu’il n’est pas questions de les abandonner la nuit sans les tenir éveillés. EdmondEymard, n’étant pas bien, décide de redescendre.         Nous les regardons partir..
La nuit tombe, il fait très froid. Nous nous mettons à l’abri sous l’auvent d’une crevasse. Régulièrement nous remontons et lançons nos appels. On entend faiblement leurs questions concernant leur sauvetage. Pour tout éclairage nous avons une lampe de poche.

MARDI 19 Octobre
Le matin des caravanes arrivent, alpinistes plus ou moins connus, journaliste, et … le curé de la Salle : l’abbé Grossand, un ami de l’équipe de Moulin-Baron.    Des appels sont lancés par les nouveaux venus, pas de discussion possible, ce ne sont que des mots hachés.
On nous a monté du matériel et des torches à acétylène dissout. Pas de ravitaillement. Nous en réclamons car ce que nous avions monté à été consommé. Les caravanes nous ont donc dépannés, mais avec rien de chaud.   La nuit tombe, nous allumons une torche. L’éclairage forme un papillon. Nous sommes trois maintenant : le curé  est resté avec nous.
Nous appelons, ils répondent.

MERCREDI 20 OCTOBRE
De fortes caravanes  arrivent. Dans l’une d’elles, Bauchiero que j’ai connu comme insctructeur à J.M., et d’autres connaissances.  Ils vont passer par le col du Pavé pour essayer de gagner l’arête. La Face est en mauvaise condition et une cordée frise la catastrophe. Echec aussi. La nuit tombe et nous restons avec un compagnon de plus au pied de la face.
Le moral n’est pas brillant chez nos interlocuteurs. La torche est allumée et nos appels reprennent maintenant. Une liaison constante est établie.

JEUDI 21 OCTOBRE
D’autres caravanes arrivent. On nous monte du matériel. Inutile, car il y en avait en quantité. Mais toujours pas de ravitaillement. On se débrouille.
Parmi les nouveaux venus, Abdré Muller, Lucien Amieux.
Ils chaussent des crampons et partent dans le couloir de l’ Ourson. Ils font une époustouflantes démonstration de leurs capacités. Mais ils n’atteindront pas les sinistrés. La nuit passe en appels. Il fait moins froid. Nos amis désespèrent un peu.

VENDREDI 22 OCTOBRE
Nous voyons arriver des militaires de l’ E.H.M.  Le capitaine Flottard qui les commande a enfreint les ordres formels de la hiérarchie de ne pas quitter les casernes (problèmes sociaux en cours). Malgré cela il a pris la décision de venir tenter le sauvetage.
La Face, du fait du changement de température, est en bonne conditions.

Une brève discussion s’engage dans le groupe. Deux d’entre eux , Buchet et Pouillard, s’encordent et se dirigent vers la voie.    Nous les voyons progresser, et, au milieu de l’après-midi, ils arrivent auprès de Lambert et Piegay.    Malgré les propositions des deux sauveteurs de revenir le lendemain, ils demandent de descendre.
Les appels se succèdent, avec la nuit c’est la fin..   Nous les attendions, nous sommes près d’eux. Ils sont adossés au rocher. Le docteur Plantavin, un ami commun, leur prodigue les premiers soins. Il faut envisager de redescendre.

Près de Georges Lambert : Massot, Blanchon (un moniteur-guide de Moulin-Baron et vieil ami) et moi. Nous allons nous occuper de lui. J’ai un cacolet. Nous lui proposons de l’utiliser. Refus. Nous attaquons doucement la descente.. le sentier .. Val Fourche, et la montée raide sous le refuge de l’ Alpe. On doit le pousser par les fesses.

La porte du refuge s’ouvre. La lumière, une bonne odeur de cuisine. On se voit déjà à table. Le Président Georges est là avec des journalistes. La joie, des éclairs de flashes, les questions fusent..
Le Président Georges nous prie fermement, malgré nos observations, de passer dans la salle d’a coté, réservée aux alpinistes de passage.   Qu’avons-nous mangé ? Certainement pas le menu réservé aux journalises et autres présents …

Le lendemain matin, nous accompagnons le brancard sur lequel Georges est étendu. Nous arrivons dans le pré au dessous du Pas de l’ Ane. A notre étonnement, de nombreuses tentes militaires sont installées.   Nous rentrons avec hâte, retrouver les nôtres, nous raser, et nous doucher…


Georges Lambert :
Le fait d’être resté au pied de la paroi le mardi 19 alors que toute tentative d’escalade semblait vaine a été une idée absolument géniale pour utiliser un qualificatif en usage aujourd’hui.
Nous avons eu l’impression, par la voix, et la lumière la nuit, d’être reliés a la vie, cela a été un facteur  extrêmement important et décisif pour notre moral.
 
 
L'abbé Grossand, Claude Massot, Marcel Jaubert pendant le sauvetage.
Georges Lambert, bien plus tard ..
 
 
 
 

L'accident de Jean FRANCO , journal de l'époque

 
Courte bio de Guido Magnone :

Né en Italie en 1917, il arrive à Paris a 4 ans. Ses parents travaillent dur, et condient son éducation aux Bons Pères.
Il découvre un peu par hasard la natation, et devient vite champion national, puis même international avant de passer au water-polo ou il collectionne les médailles.

Il commence ensuite l'escalade à Fontainebleau avant de partir à Chamonix en 1942. Il va devenir l'un des meilleurs grimpeurs de sa génération, ouvrant même une voie réputée infaisable : la face ouest des Drus en 1952.
Avec ses amis Lionel Terray, Gaston Rebuffat, Louis Lachenal, il inscrit entr'autre à son palmarès le Makalu (Himalaya), le Fitz Roy (Patagonie). ..

En 1957 il succède à Jean Franco, nommé directeur de l' Ecole d' Alpinisme de Chamonix, à la tête de l' U.N.C.M., soutenu par les ministres Maurice Herzog et Pierre Mazeaud, ses amis montagnards.

Il a écrit en 2005 un livre de souvenirs :  "Sculpteur de Cimes".


 

Moulin Baron : souvenirs de Marcel Jaubert.
Souvenirs d'un temps ou les
stagiaires n'étaient pas très regardants sur la qualité de l'hébergement !!

 

A vous maintenant .....

Si vous n'avez pas trouvé ce que vous cherchiez .. si vous avez des souvenirs intéressants, (les vôtres ou ceux de quelqu'un d'autre)  prenez la plume .. et envoyez-les moi :  michelle.rp@orange.fr  ou par courrier
M. Page - l' Escalière - 26230 - REAUVILLE