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LES AÎNÉS DE l'UCPA

 
 
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L’Union Nautique Française – Quelques souvenirs du siècle dernier
 
 
La filiation de l’Union (repris pour partie des archives de l’ENV)
Socoa
Socoa, la première école de voile française, c’est à dite une structure dédiée à l’apprentissage de la voile, a été créée en 1935 par le commandant M. Rocq dans le port de Socoa à Saint-Jean-de-Luz, à la frontière entre la France et l’Espagne. L’idée initiale était de créer un yacht club basque (YC Basque) se situant au plus près du cadre événementiel de Saint- Sébastien où les grands yachts du roi et des grands d’Espagne dominaient la scène internationale. Conformément au yachting élitiste des années de l’entre-deux guerres – la Fédération Française de Yachting perdurera sous ce nom jusqu’en 1975, date de création de la FFV -  l’apprentissage de la voile reste réservé aux couches sociales aisées y compris pour le scoutisme marin. Le premier cours à Socoa aurait eu lieu le 25 août 1935 sur trois Star (plan Sweisguth-Gardner de 1910 pour deux équipiers ; 7 m de long ; gréement marconi, 25 m2 de voilure) et 37 élèves y participèrent jusqu’à fin septembre.  En 1936, un quatrième Star fut loué et cinq MMM (Monotype Minimum de la Manche, plan G. Grenier de 1920, longueur 4,2 m, dériveur lesté, gréement marconi, 12,2 m2 de voilure)  acquis à Saint-Sébastien. En août et septembre 1936, 87 élèves suivirent les cours. En 1937, quatre nouveaux MMM furent donnés à l’école qui disposa ainsi de quatre Star et de neuf monotypes pour 93 élèves (on peut donc imaginer des sorties de 26 à 30 stagiaires, les autres étant affectés à tour de rôle à la veille, à la sécurité sur la vedette à moteur, aux cours théoriques, matelotage et à l’entretien général du centre et des matériels).
« Notre but », écrit le commandant Rocq à l’époque, « est de former avant tout de véritables marins ayant le minimum de connaissances théoriques concernant leur bateau, l’action du vent, la navigation, les marées , etc. Les cours théoriques sont obligatoires. Les exercices pratiques sont excellents à Saint-Jean-de-Luz car les yachts sont mouillés dans la baie à 400 m de la terre et la houle se fait sentir au mouillage (…)  Gréer son bateau, quitter son corps-mort et le reprendre sont déjà bonne école.  Puis viennent les évolutions d’ensemble indispensables pour apprendre à naviguer correctement. La vue des trois Star et des neuf monotypes en ligne de file souvent impeccable est toujours appréciée des spectateurs (…) Puis viennent les régates avec l’étude des départs et  des passages de bouées (…)  Parmi les jeunes gens et jeunes filles, nous commençons à avoir de bons petits barreurs qui m’aident à débrouiller les débutants (…) La grande vedette à moteur du Club suit les exercices avec une bordée d’élèves et à l’aide d’un porte-voix, je fais rectifier le jeu des écoutes et souligne les fautes commises. Chaque jour de 9 h au coucher du soleil, un élève est de quart sur la terrasse du yacht-club d’où l’on domine à la fois le large et la baie. Il doit veiller à la sécurité générale et tenir un livre de timonerie. La durée du quart est au maximum de trois heures. Le mercredi après-midi les élèves reçoivent leurs amis au club en un thé dansant (…) Il ya ainsi un juste mélange de science et de pratique nautique avec les traditions mondaines de la marine.  Comme l’écrivait mon vieil ami Haffner » (l’illustrateur du célèbre ouvrage de G.P. Thierry « Recettes pour ne pas être un cafouilleux » 1949), « il ne faut pas former des acrobates mais, sans acrobatie, la régate est excellente pour les jeunes gens puisqu’elle les oblige à doubler l’effort physique réel d’un travail intellectuel soutenu. Elle a de plus un caractère de compétition nécessaire pour conquérir la jeunesse moderne. Plus tard, avec l’âge, la plupart de ces barreurs de régates connaîtront certainement  les joies plus paisibles de la navigation de croisière ».
Après la capitulation de 1940, le commissaire aux sports du gouvernement de Vichy, Jean Borotra, lui-même basque, soutiendra  cette initiative de M. Rocq dans la recherche d’un élan de patriotisme pour laquelle tous les moyens  étaient bons pour former la jeunesse. Des centres nautiques d’apprentissage maritime sont ainsi créés à Socoa, Annecy, Nantes et Sartrouville. De 1943 à 1946, on retrouve M. Rocq, nommé inspecteur  des Centres  de Formation Nautique par le Ministère de l’Education Nationale, Direction de l’Education Physique et des Sports (et dont on dit qu’ils auraient été créés également pour permettre aux jeunes d’échapper au Service du Travail Obligatoire en Allemagne) qui  publie ses cinq premiers manuels d’enseignement à destination des élèves et des instructeurs des centres. En 1948, le Secrétariat d’Etat à l’Enseignement Technique, à la Jeunesse et aux Sports ré-oriente ce projet et confiera l’apprentissage de la voile dans ces centres à des professeurs d’éducation physique spécialisés dans les activités nautiques. On peut, faute de meilleure information  - en ce qui me concerne - situer la création de l’UNF à cette date, sachant que le centre Colbert des Marquisats aurait été ouvert en 1945. (fig 1 Insigne du Centre Colbert 1953) Quant au  centre de Socoa, il aura formé de 1935 à 1965 (date de sa reprise par l’UCPA) près de 10000 stagiaires.
L’enseignement à l’UNF _ Le centre Colbert
En matière d’enseignement, on retrouve à l’UNF et singulièrement à Annecy de sa fondation à 1956/1957, les principes de celui dispensé à Socoa, avec une ouverture plus populaire - et, symboliquement, l’abandon des thés dansants - mais toujours avec une orientation tournée vers la régate et accessoirement à la formation au canoé. 
J’ai moi-même fait mes deux premiers stages, voile à Annecy et canoé à Vongy, en 1954 et été ensuite actif à l’UNF puis à l’UCPA jusqu’en 1972. De ces débuts à Annecy, je possède encore trois exemplaires des manuels du commandant Rocq « Etudes des Théories et Expériences  sur l’Aérodynamique de la Voile de Manfred Curry (2ème édition, 1943) », « Cours pour le Deuxième Stade d’Instruction (1946) » et - très représentatif de l’influence persistante de l’Histoire et de la Marine sur l’enseignement de ce sport à l’époque - « Exercices d’Evolution Tirés de la Tactique Navale du Maréchal de Tourville ; adaptation aux gréements latins modernes avec code des signaux (1945) », qui ont pu servir, au moins un temps, de base théorique à l’enseignement dispensé au centre Colbert.  Pour former des barreurs de régate à la voile et pour l’initiation au canoé, le centre disposait d’un certain nombre de bateaux - maintenant tous obsolètes si ce n’est pour la collection patrimoniale - mais qu’il est intéressant d’évoquer comme représentatifs de ce sport à cette époque. De fait, en 1954, le centre disposait d’une vingtaine d’Argonautes, de deux baleinières, de deux (trois ?)Triton, de deux Star (baptisés Eole et Amphitrite, ça ne s’invente pas… ), de deux C10 (canoé d’initiation pour dix personnes) et de deux annexes (youyou) (fig 2 Flottille de l’UNF- port des Marquisats - 1955).  Je n’ai pas souvenir que le centre disposait de C2 (canoé de rivière pour deux) cette année-là ou antérieurement à 1956, la vocation canoé était plutôt celle des centres de Vongy puis d’Anthy sur le lac Léman, avec application sur les Dranses.
L’Argonaute  
 L’Argonaute est un plan de Jean-Jacques Herbulot, établi à la demande du commandant Rocq, destiné à servir de voilier d’initiation pour deux équipiers à la régate. Construction simple à bouchains vifs (coque à angles), en bois évidemment, deux planches de fond et deux planches de bordés (côtés) sur membrures, doté d’une quille lestée en fonte de 50 kg, longueur 3,80 m, largeur 1,42 m, tirant d’eau 0.m60, voilure (grand’voile et foc : 10 m2). Quelques 120 unités auraient été construites. L’Argonaute n° 1 « La Sablaise » a longtemps figuré au rez-de-chaussée du musée de la Marine du Palais de Chaillot (et aurait été déplacé ensuite au Conservatoire de la Plaisance de Bordeaux (qu’après plusieurs tentatives de visite ces dix ou quinze dernières années, je n’ai jamais trouvé ouvert…)
L’équipement de l’Argonaute était d’une extrême simplicité : mât et bôme en bois, réduction possible de la voilure en roulant la voile sur la bôme, deux drisses, trois écoutes, quatre taquets et un chaumard, la plupart des amarrages fait par des bouts sans manille. Les voiles étaient en coton (« d’Egypte ») et les cordages en coton, chanvre (« de Manille ») ou sisal et les conserver au sec ou les faire sécher un souci constant. Les meilleurs barreurs (-euses)  jouissaient du privilège de rôder les voiles neuves. (fig 3 Argonaute n°20 - 1954)
Rien de grisant (on dit fun de nos jours) dans l’Argonaute qui était une coque « à déplacement » (par opposition aux coques « planantes » introduites par le Coronet britannique au début des  années 50, puis par la classe internationale « 505 ») dont la vitesse maximale était liée à la longueur de coque, soit de l’ordre de 4 nœuds  (la vitesse d’un piéton bon marcheur ou d’un jogger au petit trot).
L’apprentissage passait également par des bateaux collectifs : Triton (Scout) un plan Herbulot également, sorte de gros Argonaute avec une dérive métallique, dont le n’ai pas retrouvé les caractéristiques (6 m de long ?) pour cinq équipiers et baleinières (encore Herbulot), 8 m de long, entièrement ouverte, avec des bancs de rameurs, gréée en ketch houari (deux mats, grand voile sur mat avant, voiles à cornes) de façon traditionnelle, pour un équipage de 8 ou 10. (fig 4 baleinière 1955), (fig 5 gréer la baleinière à quai 1957)
Sur un stage de deux semaines, l’apprentissage de l’Argonaute, outre la formation sur les bateaux collectifs, passait par des sorties avec un barreur « confirmé », puis un « lâcher «  à deux débutants en seconde semaine, des évolutions en flottille, puis « libres », les complexités et joies de la régate, virement de bouées, loffing match, positions favorables au vent et sous le vent, règles de départ et de course, n’étant révélées qu’au cours de stages ultérieurs. (fig 6  régate d’Argonaute - Annecy 1955).
Le régime des vents, en été au moins, sur le lac d’Annecy, était tel que la plupart des évolutions se faisaient en courant la risée (le centre formait d’excellents barreurs de petit temps) avec de façon occasionnelle un bon vent du nord ou une traverse d’ouest qui exigeait que l’on misse gros cul dehors et qui faisait chavirer quelques unités. D’une façon générale, l’activité voile à Annecy était plus subtile et tactique que sportive et musculaire.
Etant lestés, les bateaux restaient au mouillage sur bouées (coffres) dans le port des Marquisats et il fallait quotidiennement les vider avec une écope (qui servait également de pagaie par vent nul) des eaux de pluie (ou de leur fuites) avant de naviguer. Les démarrage et prise de coffre ou de quai étaient des manoeuvres essentielles à maîtriser. La flottabilité (ces bateaux, en dépit de leur lest, chaviraient à l’occasion) était assurée par des réservoirs (caissons) en métal fixés dans le cockpit. Toute la flotte était peinte du même bleu moyen (écopes comprises) à partir sans doute d’un lot groupé couvrant un plan quinquennal ou décennal (et, sans doute par souci esthétique, les gilets de sauvetage – boléros – étaient du même bleu), et les bateaux étaient numérotés.  Pour les régates, on se disputait les meilleurs marcheurs (ou réputés tels), le 32,  39, 91 et 92, si ma mémoire est bonne (en somme, les plus récents). (fig 7 Argonaute n°23 -1955) Le service du port se faisait avec une paire de youyous menés à la godille, pouvant embarquer de 5 à 7 personnes et leur matériel et coulant volontiers à 8 ou 9.  (fig 8 youyou - 1957) Faire des nœuds (matelotage) et savoir godiller étaient des connaissances essentielles du cursus du stagiaire (ce qui marque pour la vie) et des cours théoriques étaient régulièrement dispensés.  En fin de stage, une « croisière » était organisée  avec tous les bateaux vers Le Bout du Lac où l’on échouait et piqueniquait et dont le retour était souvent une longue agonie de louvoyage.  Jusqu’au début des années soixante, le centre disposait aussi d’un canot à moteur CrisCraft (peint en bleu moyen) pour assurer la sécurité, relever les chavirés (dits dessalés), en pomper l’eau jusqu’à ce que le bateau flotte suffisamment pour que l’équipage ré-embarque et termine la vidange en écopant, et remorquer les attardés par calme plat.  Le CrisCraft  fut remplacé par une vedette Arcoa en 62 ou 63. Hors saison (le centre était ouvert pour Pâques et de Juin à septembre), les bateaux étaient grutés et mis au sec dans le bâtiment du centre, nettoyés, réparés et repeints par le moniteur « permanent ». Les deux Star (peints en bleu) étaient réservés aux moniteurs et pouvaient participer aux régates du dimanche (il y avait à l’époque à Annecy une flotte d’une demi-douzaine de Star de bon niveau).  Atteints par la limite d’âge, ils ont été détruits vers la fin des années 50. (fig 9 Star Amphitrite 1954 )
Les capacités nautiques
J’ai retrouvé dans mes archives - précieusement conservées - quelques exemplaires de la publication « Grand Large » - « bulletin de liaison et d’information des cadres de l’UNF » - qui datent de 1957-1958, publication dont je pense qu’elle a été assez éphémère. On trouve dans l’un des bulletins un encart rappelant les objectifs de l’Union, agréée et subventionnée par la Direction Générale de la Jeunesse et des Sports : «  l’UNF a pour but de venir en aide à la jeunesse laborieuse (16 à 30 ans) pour l’initier aux pratiques du canoé et du voilier léger »  et les moyens dont elle se dote pour la formation des stagiaires et des moniteurs. Pour ces derniers, « la sélection est sévère. Le moniteur UNF doit se considérer au service des jeunes pendant son temps de séjour. L’enseignement qu’il prodigue aux jeunes n’a d’égal que son dévouement à la cause du plein air et des sports nautiques. Un niveau technique élevé, une pédagogie active d’enseignement, un militantisme à la cause des sports de l’eau sont les trois critères sur lesquels se fait la qualification du moniteur UNF au sortir du stage » (de formation) (...) « La cadence de ces stages sportifs est assez dure. Il est demandé aux candidats de venir en excellente forme ».
Les stagiaires, eux, sont censés suivre un cursus technique étalé sur un certain nombre de stages successifs, le niveau technique atteint correspondant à une « capacité nautique » sanctionnée par des tests de fin de stage, inscrite dans un livret individuel et ouvrant droit au port d’un insigne distinctif. De même la formation des moniteurs – eux-mêmes, en principe, titulaires des capacités nautiques les plus élevées – passe par des stages spécifiques (aux vacances de Pâques ou en arrière-saison) et des périodes d’encadrement, menant aux rangs successifs d’aide-moniteur, moniteur et instructeur (formateur de moniteurs), voire d’instructeur national (dont je n’ai pas retrouvé la définition), avec droit au port de l’insigne correspondant. Dans les deux filières, pas question de farniente vacancier ou d’école buissonnière, on est là pour bouffer du nautisme selon un programme imposé… (fig 10 et 11 capacités nautiques et insignes correspondant ) (fig 12 Collection privée)   
 
Il est intéressant de noter qu’à l’époque les voiliers de série portaient généralement un emblème de voile caractéristique de la série. Pour l’Argonaute, un triple cercle, dérivé sans doute des cercles olympiques, pointe en bas. (voir photo Argonaute 23)  Ce sont ces trois cercles que l’on retrouve sur les insignes (badges ou pins de nos jours) des capacités nautiques et des moniteurs, mais avec la pointe en haut) et qui figurent encore, stylisés, sur le logo actuel de l’UCPA. Renseignements pris, ces portions de cercles du logo actuel (portions, car les cercles olympiques appartiennent au CIO et sont « trade mark » exclusive …)  représentent les trois métiers de l’UCPA (vacances et séjours sportifs, loisirs sportifs  et formation professionnelle aux métiers du sport et de l’animation). (fig 13 logo UCPA) Quant à la justification du choix de leur couleur, rouge, blanc et jaune, c’est : pourquoi pas ces couleurs ? ou ; il s’agit du choix du spécialiste concepteur du logo …
 
 (A suivre peut-être)
 
JCK