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LES AÎNÉS DE l'UCPA

 
 
17 rue Rémy Dumoncel 75014 Paris - lesiteaines@orange.fr
 
Nicole et Raymond LEININGER
Résumé de   « La route sans borne »   1947
« Notre intention était de faire le tour du monde en campant »
Et ils partent, en additionnant leurs maigres  petites économies, une petite subvention de Léo Lagrange alors ministre des sports (Raymond était un alpiniste connu) . Ils partent le 27 Avril 1938 pour découvrir le monde, peut être en trois ans.  Ils partent de Bourg Saint Maurice, après les adieux à la famille,  à bicyclette avec un  matériel de camping réduit : 40 kilo a eux deux. Leur idée est de rejoindre au printemps 1940, dans la haute vallée du Kachmir,  leurs amis de l’ Expédition Française à l’ Himalaya. Ils partent avec un petit manuel d’anglais dont le titre est évocateur : « il vaut mieux partir que d’arriver ».
Marseille, un peu de grimpe dans la calanque d’Envaux, et le 20 Mai ils sont en Italie. Il y a partout des rassemblements fascistes, des pancartes pour le Duce.. ce slogan « la guerre est à l’homme ce que la maternité est à la femme »  et la première question qu’on leur pose partout : « Allemands ?? » .
Florence, Venise, Padoue, puis les Dolomites, et les voilà en Autriche « tout de suite les problèmes politiques prennent la première place. Les drapeaux à croix gammée pavoisent les villages ». Les gens qu’ils rencontrent leur parlent des infamies commises par la race détestée, ils voient même un article violent contre Léon Blum ..  Un épicier refuse de leur vendre un pot de confiture, il n’est pas aryen, il n’en a pas le droit …  Beaucoup de magasins sont fermés.
Le cout de la vie leur semble exorbitant. Ils ont décidé de dépenser 20 fr (de l’époque) par jour, ici il leur en faut plus de 100 .
A Vienne ils dorment a l’ Auberge de Jeunesse, Raymond dans le dortoir des garçons, Nicole dans celui des filles .. chez des amis ou ils passent une nuit, surpris,  ils découvrent « les draps allemands boutonnés sur l’édredon » .. Personne en France ne connaît encore le système de la couette.
Ils sont heureux  de quitter l’ Autriche qu’ils ont trouvé pesante, pour la Hongrie. Budapest leur donne une impression de luxe, et ils la quittent  à regret. Dans la grande plaine Hongroise, on les invitent à dormir à la ferme, puis à visiter la « petite Puszta » en char à bancs, tirés par deux chevaux, au milieu des chevaux en liberté. Puis c’est la Yougoslavie, d’immenses champs de blé et le spectacle des moissons. Nicole décrit les costumes typiques très colorés, des femmes. Dommage que nous n’ayons pas de photos de ces costumes qui ne doivent plus exister que dans les musées.. Dans les villages ils croisent des cochons noirs, des moutons, et des  oies, en liberté.  Souvent on leur offre à boire, de l’eau fraiche, du lait, ou une boisson étrange, faite de farine de millet fermentée.  Ils montent en général la tente un peu à l’écart du village, et déclenchent partout la curiosité.
En Bulgarie Raymond trouve des alpinistes, et ouvre même une face vierge jusqu’alors de la Montagne du Cerf.
A Constantinople, avec la famille venue les rejoindre, ils vont passer dix jours « dans le confort et le luxe ». Puis c’est la traversée vers l’ Asie.
Septembre 1938. On leur a déconseillé de traverser l’ Anatolie à bicyclette,  « 90 chances sur 100 de ne pas vous en sortir » leur dit le vice-consul.. qui raconte ne pas oser s’éloigner de la ville en voiture de plus de 50 kilomètres.
Mais rien ne les arrête ! A Brousse Nicole découvre une petite mosquée verte qui l’enchante « Dieu est là, parce que c’est beau. Et il est là pour tous ».
A partir de là ils sont munis de petits carnets jaunes  avec leur photographie, et la police devra a chaque ville apposer son cachet..  Ils font des rencontres surprenantes : des commerçants qui baissent spontanément le prix des fruits qu’ils achètent, un gendarme qui leur offre un plat de blé concassé et lave leurs assiettes, un autre qui leur offre des tomates, des paysans qui leur donnent des poires, des épis de mais grillés, du raki … et Hussein qui se vexe lorsqu’ils veulent payer le repas qu’ils ont pris chez lui.
Le long de la route ils croisent des charrettes aux roues de bois pleines, qui grincent effroyablement. Les femmes sont toutes voilées de noir.
12 Septembre, anniversaire de Nicole 24 ans. Afyon Karahisar, la ville de l’opium, entourée de champs de pavots blancs. Ils sont avec un policier qui leur offre du raki, et insiste en jouant avec son revolver pour qu’ils dorment chez lui.. Raymond énergiquement refuse et plante la tente  dans le jardin au milieu des tomates.
Plus loin un autre gendarme Turc  les emmène au hammam,  et savonne les jambes de Nicole sous l’œil amusé de Raymond.  Il faut dire que bronzée (tannée ?) par le soleil, les muscles déjà séchés par l’effort, Nicole ressemble à un petit garçon, et Raymond la fait souvent passer pour son jeune frère.
Après Koniah, (Cappadoce) dans la campagne,  d’énormes molosses avec des colliers de fer à pointes jaillissent vers eux, et le berger explique que ces « kopeck »  qui ressemblent à des loups ont dévoré un bébé, blessé cruellement un homme.. Raymond fabrique un  « antikopeck » : une corde montagne tressée au bout de laquelle il fixe une grosse pierre !
Le 26 Septembre 1938, ils sont tristes  de quitter « le sol Turc, et cette race hospitalière et spontanée que nous avons tant aimé », et alors qu’ils arrivent en Syrie,  une lettre de la famille leur  révèle la situation politique en Europe.
Il pleut, il fait froid, de la boue partout ..
Antioche, Alep, Hom, Damas ou-ù ils sont hébergés  au Haut Commissariat, et apprécient un  peu de confort, l’aide d’un majordome et de la bonne musique sur un phono.
Novembre : Beyrouth., où ils décident de passer l’hiver, et cherchent de petits boulots (institutrice puis secrétaire pour Nicole, hôtelier pour Raymond) où  ils découvrent aussi le  plaisir  de la pipe d’opium !
Avril 1939, nouveau départ. Ils redécouvrent  « la curiosité étonnées des indigènes devant deux européens cyclistes ». Pour la première fois Nicole évoque  « les meurtrissures de nos postérieurs ». . Il fait si chaud qu’ils décident d’enfiler  - par dessus leurs shorts – leurs pantalons de pyjamas, qui les protégeront du soleil . Accoutrement qui les fait rire.
Pour faire cuire leur soupe, ils allument un feu de crottes de chameaux, comme les Bédouins.
Sur la piste, de nombreux serpents beige, couleur de la terre…. Un jour il ne leur reste plus qu’un litre d’eau pour parcourir plus de 100 kilomètres. Ils  ne trouveront à boire que le lendemain, dans un campement Bédouin ou les femmes essayent d’apprendre à filer la laine à Nicole.  Comme partout, elles sont surprises de voir ses jambes (en short) alors qu’elles cachent soigneusement les leurs ..  Elles la palpent, pour être bien certaines  qu’elle est une femme .
Mossoul. On leur  déconseille de camper, le consul d’ Angleterre vient d’être assassiné ..  ils ressentent pour la première fois l’hostilité, on crache sur le sol après leur passage .
Un soir un chef de village Kurde  essaie de s’introduire dans leur tente la nuit en appelant Nicole.  Et « Il ne faut compter que sur l’ascendant naturel de Raymond sur ce primitif » pour sauver sa vertu.
Kirkouk. Il fait tellement chaud qu’ils décident de prendre le train  pour Bagdad. Mais ils sont fauchés, et le chef de train refuse de les voir voyager en troisième classe sur les sièges de bois avec les paysans, alors il les installe dans fourgon arrière avec lui. Il faudra qu’ils descendent un peu avant la ville pour ne pas se faire prendre !
En Irak Nicole avoue pour la première fois être fatiguée – on le serait à moins – et avoir la dysenterie. Heureusement un des policiers à qui ils expliquent leur projet  (il leur faut des autorisations) leur prête une maison au bord d’une rivière, avec un grand ventilateur qu’ils apprécient beaucoup  quand ils ne dorment pas sur le toit. Ils s’y reposeront trois jours, le temps de retrouver un ami (Migot) qui fait a peu près le même voyage qu’eux et a quitté Paris il y a 6 mois.
Le 15 Mai 1939 ils arrivent en Iran,  anxieux d’être refoulés, alors qu’ils ont eu du mal à obtenir leurs visas.. deux pages de leurs passeports sont couvertes de cachets, timbres, et inscriptions en persan.  Raymond a une carte l’autorisant à prendre des photos. Il apprendra un peu plus tard qu’il s’agit en fait d’une autorisation de posséder un appareil et de demander l’autorisation de prendre des photos !! et qu’il faut demander partout à la police quel monument le Shah  juge digne d’être photographié ! en tous cas, ni les chameaux, ni les mendiants.
A la différence des Turcs, les Persans essayent en général  de leur faire payer 4 ou 5 fois le prix de ce qu’ils achètent. Nouvelle expérience de pipes à opium, opium dont le commerce est alors un monopole d’état a qui il  rapporte en gros  85 millions de francs (anciens). L’opium de bonne qualité est exporté,  la qualité inférieure consommée sur place..
Ils sont à plus de 2 000 mètres, au pied de l’ Elwend. Il y a de la neige au loin.
Hamadan. Nicole commence d’en avoir marre du bouillon Kub chauffé sur le Primus. Son foie est fatigué de l’abus d’œufs, si pratiques pourtant à manger.  Petit moment de découragement au milieu d’une lande épineuse.  Pour la première fois elle se dit malheureuse.
Ils ont été rejoint par Migot, qui n’aime guère les heures de repos qu’ils prennent pour découvrir les gens des villages, et veut toujours aller plus vite .  Pas eux.
Kasvin.. ils visitent un caravansérail, une fumerie d’opium, le souk,  avant d’être convoqués par la Sureté qui les interroge longuement avant de les laisser repartir, le chef est très intrigué par leur appareil photo..
A Téhéran ils  retrouvent Migot, parti avant eux, tencore pressé.
La seule eau potable de la ville est recueillie  (puis vendue) à  une source du consulat britannique. Les Iraniens font parfois leur toilette dans les caniveaux où coule une eau sale mêlée de graviers..  Il leur faudra trois jours pour obtenir une autorisation d’entrer en Afghânistân, et ils en profitent pour visiter la ville, invités par le « Ministre de France » ( ?) .  Raymond est à deux doigts de se battre car ils se font escroquer sur le prix de tout ce qu’ils achètent. Ils se heurtent à « la mauvaise foie et à la lâcheté » dit-elle.
En fait, s’ils ont beaucoup aimé les Turcs, les Iraniens leur laisseront peu de bons souvenirs.
Ils souhaitent gravir le Démavend, le plus haut sommet Persan. Mais ils ont perdu l’habitude de la marche à pieds, et sont vite épuisés, et puis ils ont froid, ne trouvent rien à acheter à manger, un policier essaie même de voler dans le portefeuille de Raymond qui le prend au col et le secoue violemment.. 
Obligée de bivouaquer à 5 000 mètres, Nicole a mal aux oreilles. A 5678 mètres, le cratère dégage une violent odeur de souffre, ils redescendent très vite, direction Téhéran.. puis Ispahan : 600 km en car brinquebalant. Il y a 45 personnes pour 25 places assises ! Peu importe. Ils prennent trois jours de vacances,
3 jours de visite qui enchantent Nicole, avant de reprendre la route, direction les bords de la mer Caspienne puis l’ Afghanistan.