Adresse
/
Téléphone

LES AÎNÉS DE l'UCPA

 
 
17 rue Rémy Dumoncel 75014 Paris - lesiteaines@orange.fr

Hommage à Eric Duplessis


Interview Eric Duplessis.

Eric, quel a été ton parcours à l'Ucpa?

J’ai un parcours assez classique. Je suis rentré comme élève moniteur en ski, puis j’ai passé mes diplômes. J’ai été entièrement formé par l’Ucpa. Puis je suisdevenu formateur à mon tour, ensuite Moniteur-Chef adjoint à Argentière, Moniteur-Chef à Val d’Isère, Conseiller Technique et Pédagogique auprès duResponsable National Activités Sports de neige, chargé plus précisément des formations puis RNA à mon tour.
Pour chacune de ces périodes, j’avais mes « maitres ». C’est un souvenir d’efficacité, d’implication et de partage qui prévaut. Le leitmotiv de ces années était« pouvoir transmettre ». Cela valorisait chacun et chacune d’entre nous, nous permettait de répéter ce dont on avait bénéficiés. Ce côté hyper motivé desmoniteurs Ucpa a quelque chose d’unique. Transmettre quelque chose, c’est très valorisant pour chacun, quel que soit le niveau d’expertise et decompétences des personnes à former. Il y a deux piliers à mon sens qui font la force de l’Ucpa dans ce qu’elle a de plus attractive, c’est le côté loisirs des pratiques et ce côté formateur pour des générations de jeunes gens qui ne se prédisposent pas forcément au départ à ces métiers. Cette dynamique estforte, ces deux piliers dans les centres permettent cette qualité de compétences.
Quand je repense comment la dynamique s’est crée à Val d’Isère, c’est exactement ce qui s’est passé. Au moment où j’ai été nommé moniteur chef, je m’étaisconstitué  un carnet d’adresse de jeunes moniteurs que j’avais rencontré et repéré tout au long des formations que j’encadrais. Je les ais fait venir à Vald’Isère, « la sauce à pris »  et pendant dix ans, avec cette jeune équipe, on a vraiment fait beaucoup de choses. C’était le plein développement de nouveauxsupports, d’abord le monoski puis le snowboard. Tout était à créer au niveau de l’enseignement mais aussi de la pratique de haut niveau. 
Nous n’avions pas forcément tous les éléments théoriques pour avancer, mais c’était largement compensé par l’enthousiasme, la dynamique d’équipe, lesrichesses individuelles. Avec du recul, quand je repense à cette équipe, que je regarde les parcours de chacun, ce qu’ils sont devenus dans le ski mais aussidans beaucoup d’autres domaines, je me dis que la mission de l’UCPA a été pleinement remplie, et j’en éprouve une grande fierté.  

Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’importance que donnait l’Ucpa à l’apprentissage dans le métier de moniteur. Si je compare avec les formations dans d’autresmétiers, je m’aperçois  que l’apprentissage y est peu utilisé. La force de l’Ucpa est d’avoir su s’appuyer sur le vécu des anciens, pour compenser le manquede support écrits. Les formateurs se basaient sur leurs expériences, leurs valeurs. Et grâce à la sincérité de l’expérience vécue ce qui était fondamental étaitforcement bien transmis. J’ai connu et formé  beaucoup jeunes moniteurs et je m’aperçois que ce qu’ils ont retenu, c’est cette volonté de transmettre etd’entreprendre. Cela me fait penser à du compagnonnage. Comme les compagnons du Tour de France, formation d’excellence s’il en est, les éducateurssportifs de l’Ucpa envisagent leur action avec cette volonté de transmettre les savoir-faire. C’est très important.


Comment as-tu connu la méthode évolutive du ski ?


Quand j’ai commencé, il y avait déjà la méthode évolutive avec les RDA José Claudon et Michel Richard aux Arcs qui avaient beaucoup participé à sacréation. C’était donc très important sur ce centre et très naturel.
Le film 1,35 de bonheur est tourné aux Arcs en partie et Michel Richard est présent dans le film.


Qu'est-ce qui t'a marqué dans ce modèle pédagogique? Comment qualifier cette démarche?


Pour tous les jeunes gens, formés à l’UCPA, cela a été très naturellement intégré. Ce dont on ne se rendait pas compte, c’est l’écart que cela représentaitavec les autres modèles pédagogiques. On pensait que cela avait été toujours et partout comme cela. C’était exemplaire, sans être théorique. C’était unerecette non bloquante, ouverte vers les autres niveaux et la progression personnelle de chaque apprenant. Le débutant prenait en charge sa progression.Contrairement aux méthodes analytiques, qui avaient des cadres très formels, celle-ci était très globale. On progressait très vite et on pouvait changer deniveaux. Méthode très novatrice, elle tenait compte de la modernité, elle était dans son temps. Elle tenait compte de la psychologie, des pensées modernisteset socio-libérales de l’époque. Quand j’ai été Prof à l’ENSA (Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme), j’ai compris la nature et la taille de l’écart de ce que nousmettions en place à l’Ucpa et des mises en œuvre classiques existant ailleurs. Sans que jamais on nous explique les fondements, on se rendait compte quecela rendait la pratique extrêmement ludique et donc très efficiente. On se rendait compte de l’écart entre cette méthode et ce qui nous était enseigné par lasuite pendant nos formations pour nos qualifications. En s’appuyant sur cette méthode, les moniteurs de l’UCPA on pu développer des modes pédagogiques àdes niveaux techniques supérieurs. Cela a été la source de ce qui a colorié l’Ucpa dans toutes les autres activités.
L’Ucpa a été une référence dans ce domaine. On voit beaucoup de moniteurs enseigner aujourd’hui quelque chose qui ressemble de loin à la méthode mais,comme ils n’ont pas bénéficié du « compagnonnage » Ucpa, ils sont vite retombés dans une approche par trop analytique. 
Ce qui est marquant, c’est de constater comment cette méthode respecte pleinement les dernières découvertes en neuroscience, alors qu’à l’époque où elle aété mise en place, les sciences de l’éducation en étaient encore à leurs balbutiements. Cela prouve une nouvelle fois que des gens de « terrain » grâce à leurcapacité d’observation, leur sens de l’analyse, leur volonté d’efficacité peuvent faire progresser leur domaine tout autant que des gens de « laboratoire ».  
Pour moi, c’est un argument de plus et pas des moindres, en faveur des apprentissages par compagnonnage.


Tu as participé à la construction du PPG (Projet Pédagogique Global). Vasseur dit que ce qui l'avait marqué dans le contenu c'était la grande partdes objectifs psycho-sociaux. Que retires-tu de cette expérience?


Cela dépassait de loin les apprentissages moteurs. Moyen de socialisation, de bien-être… La structure de base était amenée par le concept un moniteur, ungroupe, une semaine. Si on abandonnait cela, on tombait mécaniquement dans une banalisation de l’enseignement, plus les moyens et le cadre de tenir lesobjectifs du projet. L’acte d’enseigner ne peux pas se résumer à transmettre des connaissances. Il doit obligatoirement s’inscrire dans un projet plus vaste,plus ambitieux. Il demande une grande empathie de l’enseignant vis-à-vis de l’apprenant, et surtout une grande confiance de l’apprenant envers l’enseignant.Comment décréter cette double relation essentielle dans un laps de temps court ? Pour moi, ceux qui prétendent le contraire tombent nécessairement du côtédes vendeurs de recettes qui font la joie des « consommateurs » et qui de plus n’apportent pas grand-chose ni au niveau social ni au niveau individuel.Aujourd’hui, ce que je fais c’est toujours la même chose, un moniteur, un groupe, une semaine. Ces objectifs sociaux ne sont atteignables qu’à partir dumoment où c’est jouable, où la structure du séjour est suffisamment forte pour la réussite du projet. Ce n’est pas possible avec des gens qui changent dans legroupe. Le groupe a toutes les vertus. C’est lui qui sublime les motivations, qui dynamise les individualités… si tant est qu’on ait un moniteur malin ouexpérimenté. Quand tu as en face de toi un groupe, il faut savoir utiliser tous les ressorts qui créent le ciment, la relation.
Le temps relationnel est un temps relativement long. Le modèle de la semaine est donc un impératif.
 Le groupe sert à l’amélioration des compétences. Je me suis rendu compte que le cours collectif, souvent dévalorisé dans les écoles de ski, est d’unerichesse inouïe, le plaisir est quintuplé pour le moniteur et donc forcément pour l’élève. Le cours collectif est plus efficace que le cours individuel à partir dumoment où il est fait dans les bonnes conditions. Il n’y a pas d’opposition entre le groupe et l’individu, au contraire. C’est dans la dynamique de groupe que lapersonnalisation devient efficace. Cela marche de manière incroyable. Un engagement à la semaine, dans un groupe ou une famille, si tu t’appuies sur ladynamique de groupe, c’est beaucoup plus riche et plus efficient.
Ce constat est vrai pour l’enseignement, il l’est encore bien plus pour la formation.

S’il y a quelque chose qui me tient à cœur, c’est ce concept d’apprentissage des moniteurs, de compagnonnage par les équipes. Porteur de lien social et deprogrès individuels, ces formations en alternance sont au cœur du projet Ucpa. Ce que je retiens c’est ça. C’est un concept que la société, l’EducationNationale devrait beaucoup plus développer. L’apprentissage, qui consiste à faire des allers-retours entre théorie et pratique et tuteurs sur le versantprofessionnel avec de vrais gens de terrains qui transmettent leurs savoir- faire, leurs méthodes. Cela fait des gens motivés, qui non seulement ont bien apprisleur métier, mais qui de plus ont appris à aimer leur métier. Et c’est bénéfique pour chaque partie. Sur le terrain, on voit la différence entre un moniteur passépar l’Ucpa et les autres. 

Qu’as-tu à dire aujourd’hui aux moniteurs Ucpa ?


La richesse humaine, c’est loin d’être quelque chose de théorique. C’est un enrichissement personnel majeur et fondateur pour chaque personne. Il fautcontinuer sur ces rails, travailler dans ce sens. J’ai quelques retours. Je pense que l’Ucpa doit garder son âme sur ses valeurs et surtout sache traduire cesvaleurs dans ce qu’elle fait, pour ses stagiaires à travers ses moniteurs. Nous vivons une drôle d’époque qui fait la part belle au replis sur soit, à la négation del’autre. C’est justement dans ces circonstances que l’UCPA doit savoir garder la mission qui a été la sienne, c’est justement là qu’elle fera la différence avec lesecteur strictement marchand qui ne fait que répondre à la demande sans plus se poser de question. 
Pour moi, et tel que je l’ai vécu, le rôle éducatif de l’Ucpa, ses objectifs socioculturel, loin d’être ringards, sont plus que jamais d’actualité.
Depuis que j’en suis parti, j’ai côtoyé des milieux très différents, j’ai mené des projets très variés, certains avec réussite, d’autres plus mitigés, mais je n’aijamais oublié ces quelques 20 ans passés à l’Ucpa. Et je suis parfaitement conscient que sans cette période hyper formatrice, je n’aurais jamais pu réaliser ceparcours.
Et j’ose dire, merci l’UCPA

Propos recueillis par G Chaudesaigues le 23/11/2015